La politique autrichienne en matière de science ouverte et le nuage européen pour la science ouverte (EOSC)

Vienne, 2022

CONTEXTE

Selon la directive (UE) 2019/1024 du 20 juin 2019 relative aux données ouvertes et à la réutilisation des informations du secteur public (directive sur les données ouvertes et les informations du secteur public, ISP), les États membres de l’UE sont tenus d’assurer la disponibilité des données de recherche par l’adoption de politiques nationales et de mesures afférentes pour que les données de recherche issues de financements publics deviennent librement accessibles par défaut et dans la lignée des principes FAIR (art. 10 de la directive européenne 2019/1024).

Le 21 octobre 2020, l’OANA1 (Open Science Network Austria - anciennement Open Access Network Austria) a publié ses recommandations pour une stratégie de science ouverte en Autriche, avec un accent porté sur différents acteurs. L’objectif était de produire un document calqué sur les principes de Vienne2, un document de prospective qui remonte à 2016. L’OANA a été fondée en 2012 suite à une initiative placée sous la tutelle organique conjointe du Fonds scientifique autrichien (FWF) et de la Conférence des universités autrichiennes (UNIKO). Le texte des recommandations relatives à une stratégie pour la Science ouverte a fait l’objet d’une consultation publique ouverte du 06/03 au 19/04/2020. Associé aux objectifs de l’UE dans le domaine de la recherche et de la politique des données, le contenu de ce document constitue le socle de la contribution de l’Autriche à la science ouverte et à l’European Open Science Cloud (EOSC).

PRÉAMBULE

La Science ouverte, les principes FAIR et l’EOSC

Le terme Science ouverte3 décrit une série de stratégies et de démarches destinées à rendre une large palette de la recherche scientifique et de sa diffusion sous différents aspects aussi accessible que possible à la communauté scientifique, aux étudiants et au public intéressé, ainsi qu’aux acteurs économiques. Ce concept s’appuie donc sur les principes de transparence, d’inclusion, d’exactitude, d’équité et de partage. Aussi ouvert que possible, aussi fermé que nécessaire, avec toutes les conditions associées prises en compte dans le cadre juridique, comme la sécurité, la protection des données4 et la vie privée, ce credo décrit les efforts déployés pour tendre vers un mode de production et de diffusion ouvert des connaissances.

Ce terme générique de science ouverte5 est aussi associé généralement à des sous-concepts comme l’accès ouvert, les données de recherche ouvertes, les méthodes ouvertes, l’évaluation ouverte, l’infrastructure ouverte, les ressources éducatives ouvertes (REL) et la science citoyenne. Ceci se recoupe aussi avec la notion d’innovation ouverte6, pour laquelle une stratégie nationale existe déjà en Autriche7 depuis 2016. La science ouverte et l’innovation ouverte sont également définies comme des thématiques transversales importantes dans la stratégie actuelle du gouvernement fédéral pour la recherche, la technologie et l’innovation à l’horizon 2030. L’accroissement du numérique, en particulier, dégage des possibilités insoupçonnées d’ouverture de la recherche scientifique - qui reste souvent peu transparente aujourd’hui - pour que celle-ci devienne accessible à un public de destination plus large.

La politique d’accès ouvert8 se fixe comme objectif de permettre aux chercheurs et au grand public d’accéder aux données de la recherche le plus tôt possible dans le processus de diffusion et à faciliter leur utilisation comme leur réutilisation. Le vocable d‘“accès ouvert” doit être entendu comme une pratique consistant à mettre les résultats de la recherche en ligne à la disposition de l’utilisateur final, gratuitement et sans restriction d’utilisation et de réutilisation, exception faite de la possibilité d’exiger l’attribution à l’auteur. L’accès ouvert contribue à améliorer la qualité, à réduire la nécessité de dupliquer inutilement des travaux de recherche, à accélérer le progrès scientifique et à lutter contre la fraude scientifique. Il stimule aussi plus globalement l’économie et l’innovation.

La science ouverte inaugure de nouvelles voies, collaboratives et innovantes, pour produire des connaissances. Elle stimule l’implication active des populations intéressées et de nouveaux potentiels d’innovation. Les pratiques qu’elle engendre contribuent également à faire reculer le scepticisme envers la recherche scientifique et à induire une plus grande transparence et des bénéfices plus importants au profit du grand public.

En fait, la science ouverte englobe à la fois les données et les publications de recherche. Ce processus inclusif englobe l’implication du public et d’un large éventail d’acteurs de la société, la mise en commun des résultats finaux, mais aussi celle de toutes les étapes intermédiaires qui y conduisent, ainsi que toutes les formes de diffusion, y compris la publication en plusieurs langues, ainsi que les retombées de la science pour la société.

La feuille de route pour la science ouverte fait l’objet d’une reconnaissance internationale9 et constitue l’un des objectifs stratégiques de l’UE10 depuis 2015. Avec l’Appel d’Amsterdam sur la science ouverte, le Conseil européen a présenté en l’espèce une feuille de route officielle11 en 2016. Les pays du G7 avaient également exprimé un grand intérêt à cet égard en cette même année 2016 par leur mémorandum sur le développement d’infrastructures en soutien de la recherche ouverte et la création d’un groupe de travail sur la science ouverte, spécifiquement aussi pour la lutte collaborative contre le virus COVID-1912. L’UNESCO a également présenté récemment une recommandation13 sur les pratiques de la science ouverte. Des démarches de cette inspiration sont également intégrées dans les objectifs de développement durable des Nations unies14 (ODD). L’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme énonce le droit de tous de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en découlent. Il s’agit d’un grand pas vers la déconstruction des clivages anciens et vers la justice et l’égalité des chances, tant au niveau européen qu’à l’échelle mondiale.

Le débat actuel sur l’avenir de l’Espace européen de la recherche (ERA15), en particulier dans le domaine de la recherche, des technologies et de l’innovation (RTI), souligne la nécessité d’une action conjointe pour exploiter ce potentiel en mettant clairement l’accent sur la création d’une valeur ajoutée européenne significative. L’approche réglementaire européenne consiste à créer un encadrement approprié pour former un environnement favorable au développement d’écosystèmes vivants, dynamiques et prospères. Pour pouvoir relever les défis sociétaux de manière efficace et holistique, il est essentiel et urgent que les données provenant de différentes sources dans tous les secteurs et toutes les disciplines soient rendues accessibles, en ayant été fusionnées et devenues réutilisables.

L’Union européenne promeut et prône explicitement la culture scientifique ouverte et la réutilisation des données, ainsi que l’accès ouvert aux publications. Tout au long du déroulement des grands programmes de recherche et d’innovation comme Horizon2020, ou son successeur immédiat HorizonEurope, les pratiques du mouvement de la science ouverte telles que les publications en accès ouvert et les données de recherche ouvertes conformes aux principes FAIR (Findable, Accessible, Interoperable, Reusable, autrement dit, qui soient Trouvables, Accessibles, Interopérables et Réutilisables) sont déjà explicitement citées comme un prérequis à l’obtention de financements.

En outre, sous le nom de Plan S, il existe déjà une stratégie16 visant à renforcer l’accès ouvert aux connaissances scientifiques qui ont été produites à l’aide de financements publics. Cette stratégie, élaborée par l’association cOAlition S, est portée par 18 agences nationales et internationales de financement de la recherche, ainsi que par la Commission européenne et le Conseil européen de la recherche (ERC). Le gouvernement fédéral autrichien soutient activement les projets du Plan S. Ces principes doivent être appliqués par étapes par toutes les universités et écoles supérieures spécialisées17.

L’ouverture de la pratique scientifique nécessite une coopération étroite et des efforts conjoints de la part de plusieurs niveaux de la recherche scientifique. Il s’agit des institutions de recherche et de leurs bibliothèques, ainsi que des organismes de financement, des acteurs politiques et, enfin et surtout, des chercheurs eux-mêmes. Voilà pourquoi l’Autriche mise sur une politique qui doit se décliner à plusieurs niveaux dans un échange constant.

LES PRINCIPES DE LA POLITIQUE AUTRICHIENNE DE SCIENCE OUVERTE

La politique autrichienne de science ouverte s’appuie sur les principes internationaux de la science ouverte. Ceux-ci reposent sur huit piliers, ceux que recommande la Plateforme pour une politique scientifique ouverte18. Celle-ci réunit un groupe d’experts qui assiste et conseille la Commission européenne dans l’élaboration de stratégies et la mise en œuvre pratique de l’Agenda européen pour la science ouverte. Les huit tâches centrales de la science ouverte peuvent donc être énumérées comme suit :

  1. Distinctions et incitations

  2. Indicateurs de recherche et systèmes de mesure de nouvelle génération (évaluation de la recherche, indicateurs d’évaluation)

  3. Avenir de la communication savante

  4. Nuage européen pour la science ouverte, ou EOSC

  5. Données FAIR (trouvables, accessibles, interopérables et réutilisables)

  6. Intégrité de la recherche

  7. Compétences et formation (création de compétences et enseignement ouvert)

  8. Science citoyenne

Celle liste de principes va être détaillée dans ce qui suit.

Distinctions et incitations

Le travail scientifique doit être réalisé conformément aux principes de la science ouverte et doit être encouragé en le reconnaissant et le récompensant de manière appropriée. Il est nécessaire de créer des mécanismes d’incitation qui encouragent les scientifiques et les citoyens à pratiquer la science ouverte dans leur travail quotidien. Il est souhaitable que les pratiques de science ouverte se retrouvent dans les carrières scientifiques et soient rendues plus désirables pour les chercheurs.

Indicateurs de recherche (systèmes de mesure de nouvelle génération)

De nouvelles méthodes d’évaluation de la recherche seront explorées, notamment pour intégrer les pratiques de la science ouverte. Les situations avec l’injonction du Publish-or-perish seront mises à mal et évitées. Des pratiques de l’examen par les pairs ouvert doivent être mises en place afin que l’évaluation des résultats scientifiques devienne plus transparente. Malgré des années de vives critiques envers ce que l’on appelle les métriques basées sur les revues, le facteur d’impact des publications de premier plan continue à jouer un rôle important dans la communauté scientifique, notamment lorsqu’il s’agit de projeter une carrière. Il convient d’assurer une plus grande transparence des processus visant l’évaluation des chercheurs et de leurs candidatures à des postes et fonctions. L’Autriche respecte les objectifs de la déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (DORA)19, une initiative internationale qui vise à instaurer des paramètres d’évaluation des travaux scientifiques. Au niveau de notre continent, il convient de mentionner le Manifeste de Leyde, qui formule des intentions similaires dans le contexte européen.

L’avenir de la communication sur la recherche

Toute recherche financée par des fonds publics devrait être librement accessible à tous, quelle qu’en soit l’affiliation institutionnelle. En particulier, l’accès aux données et aux publications issues de la recherche doit être valorisé. À l’avenir, les données et les métadonnées, les logiciels et les autres méthodes devraient être mis à la disposition d’un large public sans obstacles. Le fait d’ouvrir et de fédérer des données et des objets numériques existants permet également d’établir des liens qui peuvent dégager de nouvelles observations. En l’occurrence, les bibliothèques institutionnelles, en particulier, sont encouragées à négocier de nouveaux contrats d’accès ouvert et à revoir les anciens. Les Principes de Vienne20, un document de prospective de 2016, élaboré par le réseau OANA (Open Access Network Austria), représentent un cadre, qui a été salué internationalement, pour l’avenir de la communication savante. Ces principes sont basés sur les 12 pierres angulaires d’un système d’avenir en matière de communication scientifique. Ces pierres angulaires sont l’accessibilité, la nature trouvable de l’information, la réutilisation, la reproductibilité, la transparence, la compréhensibilité, la collaboration, l’assurance qualité, l’évaluation, le progrès validé, l’innovation et le bien public.

Le Nuage européen pour la science ouverte, ou EOSC

L’European Open Science Cloud (EOSC)21 est un environnement fiable, virtuel et fédéré qui fonctionne au-delà des frontières et des disciplines scientifiques pour stocker, partager, traiter et réutiliser des objets de recherche numériques (tels que des publications, des données et des logiciels) qui sont trouvables, accessibles, interopérables et réutilisables (FAIR). L’EOSC rassemble des acteurs institutionnels, nationaux et européens, des initiatives et des infrastructures en provenance de la science et de la recherche. L’European Open Science Cloud crée un environnement virtuel ouvert et sécurisé (World Wide Web of FAIR Data and Services) où les données scientifiques peuvent être stockées, gérées et analysées gratuitement.

L’EOSC met en place la fédération des infrastructures de données européennes existantes, ainsi que l’intégration de solutions en nuage à haute capacité et l’extension de la portée de ces services, qui inclura à terme des utilisateurs du secteur public comme de l’industrie. Des actions et moyens seront notamment déployés dans les domaines de la culture des données, des services de données pour la recherche, de la fédération d’architecture et du cofinancement.

Le coup d’envoi officiel de la structure de gouvernance de l’EOSC a été donné en 2018 au cours d’une cérémonie de lancement à l’Université de Vienne, où une étape importante pour le processus de mise en œuvre de l’EOSC a été franchie par l’acclamation de la “Déclaration de Vienne”22 par des représentants européens des niveaux politiques, de l’administration et des milieux de la science.

L’EOSC est un processus (et non un projet) visant à mettre les données de la recherche européennes à la disposition de tous les chercheurs dans les mêmes conditions d’utilisation. L’EOSC donne une forte impulsion en Europe vers une culture des données de recherche ouvertes qui suivent les principes FAIR.

Données FAIR

Les données de recherche produites au cours d’un projet financé sur fonds publics et qui intéressent la compréhension ou la reproductibilité des résultats doivent être librement accessibles. Les données de recherche recouvrent les statistiques, les résultats expérimentaux, les mesures, les observations sur le terrain, les résultats d’enquêtes, les relevés et enregistrements d’entretiens et les images. Les métadonnées, spécifications et autres objets numériques comptent également comme des données de recherche.

Les données de recherche et les métadonnées qui s’y rapportent doivent être rendues découvrables et disponibles en ligne avec la plus grande précision et la plus grande granularité possibles et, autant que faire se peut, dans des formats ouverts lisibles par machine. Ces dispositions devront garantir l’interopérabilité, la réutilisation et l’accessibilité des données de recherche. La publication doit se faire via des entrepôts institutionnels ou des archives thématiques, qui seront par la suite intégrés dans l’European Open Science Cloud. Les données rendues publiques doivent respecter les principes FAIR23. Cela signifie qu’elles doivent être créées et rendues accessibles conformément aux caractères trouvables, accessibles, interopérables et réutilisables qu’ils préconisent.

Dans ce contexte24, il est fait référence à la “Open Definition”25 et aux prescriptions de la directive sur les données ouvertes (UE) 2019/10 et de la loi sur la réutilisation des informations (IWG). Dans la mesure du possible, la réutilisation des données de la recherche ne devrait être soumise à aucune restriction juridique, ou seulement à des restrictions minimes. Pareilles restrictions ne devraient être admises que pour sauvegarder l’origine et la publicité des connaissances, par exemple en nommant les auteurs. Si les organismes publics accordent des licences pour la réutilisation de documents, les conditions de licence doivent être objectives, proportionnées et non discriminatoires. Il convient donc d’utiliser, dans la mesure du possible, des licences ouvertes et internationales standard. Un équilibre optimal entre la protection de la propriété intellectuelle et la publication dans les secteurs scientifique et éducatif est essentiel26. Dans le secteur des universités et des instituts de recherche, l’accent devrait être mis sur une publication largement sans entraves (“aussi ouverte que possible, aussi fermée que nécessaire”), pour les activités scientifiques qui ont été en particulier principalement financées par des subventions publiques, étant tenu compte de pratiques stratégiques spécifiques en matière de propriété intellectuelle et de son exploitation27.

Intégrité de la recherche

La plateforme politique pour une science ouverte de l’UE stipule que toutes les recherches subventionnées sur fonds publics doivent répondre à des normes communes et paneuropéennes en matière d’intégrité et de reproductibilité de la recherche. À cet égard, un rapport sur les conditions d’encadrement de la reproductibilité de la recherche au sein de l’UE a été publié par l’UE en décembre 202028. En octobre 2020, la Conférence autrichienne de l’enseignement supérieur a adopté des “Lignes directrices relatives aux normes de bonnes pratiques scientifiques et aux principes d’éthique scientifique”29.

Compétences et formation

Tous les chercheurs en Europe devraient acquérir les compétences nécessaires pour adopter des pratiques de science ouverte et, le cas échéant, recevoir un soutien en ce sens. Sur ce point, un groupe de travail de la Commission a produit un rapport en 2017 qui, entre autres, identifie30 les compétences essentielles pour une pratique de la science ouverte qui sont les suivantes :

  • Publication en accès ouvert

  • Production, gestion et curation de données de recherche ouvertes

  • Interdisciplinarité et compréhension des cadres éthiques et juridiques

  • Conception de projets de science citoyenne

Plusieurs mesures de formation à l’échelon international, comme FosterOS, OS MOOC ou le OS Handbook, poursuivent l’objectif de promouvoir les compétences en science- ouverte à un stade précoce des carrières scientifiques. À l’avenir, cette promotion devrait également se concrétiser dans la conception de parcours pédagogiques au niveau des institutions. La réflexion devrait s’articuler en l’occurrence autour de mots-clés comme compétences en gestion des données et compréhension des aspects éthiques et juridiques liés à la recherche.

Science citoyenne

L’objectif de la science citoyenne31 est d’associer activement des profanes et des non-scientifiques parmi le public intéressé à des processus de recherche (par exemple, des élèves, des journalistes, des développeurs d’applications, etc.). Bien entendu, cela doit se faire dans le respect de tous les critères scientifiques et être mené par un personnel qualifié. En l’espèce, entre autres choses, la première des préoccupations est la relation entre la science et la société. Les citoyens scientifiques peuvent ainsi recueillir des données, formuler des questions de recherche, voire rédiger des publications. Un des aspects caractéristiques d’une opération de science citoyenne réussie est aussi la liberté d’accès à des infrastructures de recherche, ainsi que des logiciels ou des équipements scientifiques. Ce sont en l’occurrence des possibilités qui ne sont encore accessibles qu’à un personnel sélectionné dans les institutions de recherche. Des projets de science citoyenne ont reçu des financements à hauteur d’environ 60 millions d’euros lors du dernier programme-cadre de recherche et d’innovation de l’UE Horizon2020 et ceux-ci feront l’objet d’une attention encore plus importante dans HorizonEurope32.

Au niveau autrichien, le projet Sparkling Science33 et le Centre OeAD pour la science citoyenne ont, par exemple34, déjà donné un certain nombre d’impulsions significatives dans le domaine de la science citoyenne et continuent de recevoir un soutien.

LA DÉCLARATION AUTRICHIENNE SUR LA SCIENCE OUVERTE (ET SUR LE NUAGE EUROPÉEN POUR LA SCIENCE OUVERTE - EOSC)

L’Autriche s’implique dans le développement d’une science ouverte, transparente et inclusive et encourage le traitement équitable des processus de recherche et de leurs résultats35. La science ouverte a été intégrée36 dans la stratégie de la politique de recherche, qui prend en compte37 l’accès ouvert aux publications et aux données de recherche, grâce à l’engagement clair de l’Autriche envers Horizon Europe et à sa participation active à l’Espace européen de la recherche (EER).

Publication des données scientifiques et de recherche fondée sur les principes FAIR

L’objectif est de faire en sorte que les données générées par la recherche ayant reçu des financements publics en Autriche soient progressivement structurées de manière à respecter les principes FAIR (trouvable(s), accessible(s), interopérable(s) et réutilisable(s)), qu’elles fassent l’objet d’une conservation et, dans la mesure du possible, soient ouvertes à tous sans obstacles38. Le but est également de mettre en œuvre un mandat de diffusion en accès ouvert à caractère obligatoire pour toutes les données qui ont déjà été mises à disposition dans le cadre de projets financés par des fonds publics. Certaines exceptions à cette obligation seront autorisées conformément aux dispositions légales, par exemple si les données en question sont des secrets professionnels, des secrets statistiques, des secrets industriels et commerciaux, des données personnelles ou des contenus protégés par le droit d’auteur39 , ainsi que si les données sont considérées40 comme sensibles pour des raisons de sécurité nationale, de défense ou de sécurité publique et sanitaire.

Compte tenu de la Stratégie européenne pour les données41, plusieurs dispositions juridiques européennes réglementent la réutilisation des données de recherche, notamment la Recommandation de la Commission européenne relative à l’accès aux informations scientifiques et à leur conservation (révisée en 2018), la Directive révisée (UE) concernant les données ouvertes et la réutilisation des informations du secteur public42 (Directive (UE) 2019/1024 ) et la directive européenne sur le droit d’auteur, réglementation qui s’applique aux données de recherche financées par des fonds publics et auxquelles l’Autriche est attachée. Elle a pour objectif de rendre les données de recherche réutilisables à des fins commerciales et non commerciales si elles ont été financées sur fonds publics et si elles ont été publiées par des chercheurs43, des institutions de recherche ou des organismes de financement de la recherche sur des archives institutionnelles ou thématiques.

En outre, la Stratégie européenne pour les données44, publiée en 2020, vise à faire avancer la création d’un marché unique des données. Il s’agit d’accroître les échanges et l’utilisation des données au sein de l’UE et entre différents secteurs, au profit des chercheurs, des entreprises et des administrations publiques. Cette politique constitue également le socle du nouvel Espace européen de la recherche (EER) dont l’objectif est de construire un espace scientifique et technologique commun pour l’UE45. La Science ouverte et les données ouvertes sont des instruments essentiels pour améliorer la coopération entre chercheurs et innovateurs pour que l’Autriche gagne en attractivité en tant que terre d’accueil des meilleurs talents du monde.

Mesures

  • L’Autriche s’efforce d’accélérer la structuration de la communauté scientifique pour promouvoir les principes des données FAIR et l’ouverture des données. En général, l’inclusion des coûts de traitement des données dans les appels à projets sera autorisée. Les chercheurs seront encouragés à déposer leurs données dans des entrepôts de données certifiés. La priorité sera accordée aux infrastructures de recherche nationales et européennes, en particulier aux référentiels disciplinaires et thématiques spécifiques. Les plans de gestion des données, un instrument central pour définir les règles de structuration, de stockage et de diffusion des données, deviendront ainsi la norme. L’Autriche apporte son soutien à la Research Data Alliance (RDA), un réseau international qui instaure les meilleures pratiques en matière de données de recherche. Elle soutient également le développement et la préservation des logiciels, qui constituent un élément essentiel des connaissances techniques et scientifiques de l’humanité.

  • L’Autriche concourt à la création de synergies entre les initiatives de science ouverte et de données ouvertes, par exemple par l’intermédiaire d’échanges réguliers entre les acteurs de l’EOSC avec la coopération Open Government Data (OGD) Autriche. Cette initiative vise à promouvoir l’échange d’expériences, notamment en matière de gouvernance des données et des normes techniques, et d’identifier le potentiel de préparation et de réutilisation des données à l’avenir.

  • Interdisciplinarité : l’Autriche soutient des projets visant à améliorer la disponibilité interdisciplinaire de données de recherche (éviter les silos de données). Cette position vise à favoriser des projets de recherche d’une plus grande interdisciplinarité.

  • L’Autriche encourage la recherche scientifique sur le traitement des données personnelles, la correcte anonymisation des données et le traitement adéquat des données agrégées.

  • L’Autriche s’attache à ce que la science et la recherche puissent avoir accès à des microdonnées statistiques.

  • L’Autriche finance le déploiement d’entrepôts et d’archives (p. ex. AUSSDA, GAMS, ARCHE, PHAIDRA, Visual Library, etc.) destinés aux données de recherche et objets numériques, par exemple dans le cadre de participations aux infrastructures européennes de recherche ou de contrats de performance avec des universités.

Le succès de la science ouverte implique l’élaboration de pratiques de base nouvelles pour les chercheurs. Cela exige la définition de nouvelles compétences, l’élaboration de nouveaux programmes de formation et la création de nouveaux services. Il s’agit d’élargir le champ d’application de cette politique autrichienne et de l’utiliser. Tous les organismes de recherche sont encouragés à développer ou à mettre en œuvre des politiques de science ouverte au sein de leurs institutions.

Sans transparence, il ne sera pas possible de faire évoluer l’écosystème scientifique. Il est donc important d’ouvrir l’accès aux jeux de données pour ce qui est des financements des appels à projets et des projets sélectionnés, ainsi que ceux se rapportant aux coûts d’acquisition de revues et d’ouvrages dans les institutions. Bien que la science ouverte présente certaines caractéristiques régionales, il s’agit d’un mouvement mondial qui ne peut être développé que par une coordination internationale d’ensemble. L’Autriche veut jouer son rôle et défendre l’idée d’un écosystème efficace, réglementé, transparent et résilient qui profite à la communauté scientifique et à la société.

Mesures

  • L’Autriche contribuera à façonner ce paysage international sous la forme de services, de normes et de bonnes pratiques en renforçant sa participation aux initiatives européennes et internationales de science ouverte46 (EOSC ; GO FAIR, Research Data Alliance - RDA ; OpenAIRE ; Directory of Open Access Journals).

  • L’Autriche apportera son concours à la définition et à la régulation des éléments constitutifs de l’écosystème de la science ouverte. Par exemple, par la fondation d’AUSSDA47 (The Austrian Social Science Data Archive), l’Autriche a créé une infrastructure de données qui offre une variété de services en soutien à la recherche, en particulier l’archivage des données et une assistance à leur réutilisation. Cela offrira des données scientifiques accessibles et réutilisables à la science et la société. De la même manière, elle contribuera au partage d’informations et à la coordination des négociations internationales avec les éditeurs, rendus possibles grâce aux efforts accomplis en vue de garantir la transparence des coûts.

Le fait de publier dans des publications savantes en accès ouvert doit devenir la norme le plus rapidement possible. Pour stimuler cette dynamique, les publications de recherche résultant d’appels à projets financés par des fonds publics doivent être diffusées au travers de plateformes en accès ouvert, que ce soit dans des revues, des ouvrages ou via une archive ouverte. Les universités autrichiennes sont encouragées à veiller à ce que les publications des chercheurs qui y travaillent soient également publiées sous des licences ouvertes. Pour maintenir ces pratiques dans le temps, le système d’évaluation des chercheurs et des institutions de recherche doit être actualisé pour cadrer avec les principes et les pratiques de la science ouverte. Les changements dans les méthodes d’évaluation des chercheurs visent à donner plus de poids à la qualité qu’à la quantité, comme le soulignent48 les propositions de la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (DORA)49 et les principes du Manifeste de Leyde.

La communauté scientifique doit reprendre le contrôle du processus de publication en général, conformément aux principes requis pour la science ouverte et la bibliodiversité50. Elle doit orienter ses efforts particulièrement vers les acteurs qui s’efforcent de développer un environnement de publication à la fois moins focalisé et conforme aux principes d’un accès ouvert et éthique.

Mesures

  • L’Autriche en tirera profit en développant des approches de publication innovantes rendues possibles par les technologies numériques, comme les prépublications, les manuscrits de format court, les articles de données, l’évaluation par les pairs ouverte, etc. L’Autriche continuera à soutenir l’augmentation des publications en accès ouvert par les chercheurs par le biais de son consortium “Coopération E-Media Autriche” (KemÖ)51. Les archives proposeront des conditions d’emploi et des fonctions améliorées pour faciliter leur utilisation par les chercheurs et les institutions. Enfin, l’Autriche recommandera l’introduction d’une licence ouverte pour les publications et les données qui sera à la fois compatible avec le droit national et les pratiques scientifiques internationales.

  • “L’Autriche vise à promouvoir et à soutenir le processus de la science ouverte et de l’accès ouvert sur le plan organique et par le biais d’archives thématiques ou institutionnelles adéquates, y compris l’établissement de normes de métadonnées communes dans le domaine de la recherche ; la publication en accès ouvert et la gestion des données de recherche FAIR sont des facteurs essentiels à cet égard52.”

  • L’Autriche soutient activement le Plan S. Les universités et les écoles supérieures spécialisées doivent donc progressivement mettre en œuvre ses principes.

La manière dont les connaissances sont communiquées est également indissociable d’une société ouverte et d’une science ouverte. La diffusion des connaissances est étroitement liée au concept de données ouvertes.

En lien avec les déclarations énoncées sous le titre “Compétences et formation” et à la lumière de la récente pandémie de Sars Cov 2, l’ouverture des ressources d’apprentissage revêt une importance accrue.

Mesures

  • L’Autriche souhaite apporter sa contribution pour que les ressources pédagogiques créées en Autriche, quelle que soit leur forme, soient accessibles au public et dans des formats ouverts, par exemple en utilisant les normes établies en matière de données ouvertes. Dans un premier temps, les entrepôts en question seront connectés et donc rendus accessibles au public. L’Autriche souhaite ainsi, d’une part, mettre les contenus d’apprentissage à la disposition de la communauté scientifique et, d’autre part, rendre l’apprentissage plus flexible et l’adapter aux besoins individuels.

  • Le Forum New Media Austria (FNMA) a déjà préparé des “Recommandations pour l’intégration des ressources éducatives libres dans les universités en Autriche”. Le projet en cours “Open Education Austria Advanced”, dans lequel plusieurs universités sont impliquées, concerne la mise en œuvre d’une infrastructure dans ce but.

  • Les universités et les écoles supérieures spécialisées sont donc appelées à la fois à créer des infrastructures de stockage des REL et à les partager avec d’autres. Le personnel travaillant dans les universités et les écoles supérieures spécialisées devrait être encouragé à publier son contenu et à le partager dans des formats ouverts lorsque cela est possible et approprié.


1

Open Science Network Austria: OANA

2

[Vienna Principles a vision for scholarly communication](file:///C:\Users\nomine\Documents\autriche\target\Vienna%20Principles%20a%20vision%20for%20scholarly%20communication)

3

[Open Science Definition | FOSTER]{.underline}

4

[V. RGPD]{.underline}

5

[Open Science | Commission européenne]{.underline}

6

[Open Innovation 2.0 | Shaping Europe’s digital future]{.underline}

7

[Stratégie d’innovation ouverte pour l’Autriche - Objectifs, mesures et méthodes (en allemand)]{.underline}

8

[Open Science | Commission européenne]{.underline}

9

[Libre accès à l’information scientifique]{.underline}

10

[Open Innovation Open Science Open to the World]{.underline}

11

[Plan d’action d’Amsterdam sur l’innovation en matière de science ouverte]{.underline}

12

[Déclaration des ministres de la science et de la technologie du G7 sur la COVID-19 - Département d’État américain]{.underline}

13

[Recommandation de l’UNESCO sur la science ouverte]{.underline}

14

[Open Science as a cornerstone of the sustainable development goals-openaire]{.underline}

15

[ERA Portal Austria - A new ERA for Research and Innovation]{.underline}

16

[‘Plan S’ and ‘cOAlition S’ - Accelerating the transition to full and immediate Open Access to scientific]{.underline} [publications]{.underline}

17

Note de traduction : Ce terme traduit la notion de Fachhochschule, usitée dans les pays de langue allemande pour décrire des établissements d’enseignement supérieur dédiés à la formation dans des domaines professionnels de qualification élevée équivalent à Bac +5, et pouvant, par exemple, s’apparenter aux écoles d’ingénieur en France. Le terme français employé ici a été choisi par analogie avec notre système pour la commodité de lecture.

18

[Open Science | Commission européenne]{.underline}

19

[DORA: page d’accueil]{.underline}

20

[Vienna Principles a vision for scholarly communication]{.underline}

21

[Architectures of Knowledge: The European Open Science Cloud]{.underline}

22

[EOSC Vienna Declaration]{.underline}

23

[FAIR Principles]{.underline}

24

[Loi sur la réutilisation des informations - Loi fédérale consolidée, version du 17.03.2021 (en allemand)]{.underline}

25

Cf. international open definition (Open Definition). La loi sur la réutilisation des informations (IWG) représente la mise en œuvre de la directive européenne 2019/1024 sur les données ouvertes.

26

[ERA Portal Austria - Intellectual Property Rights]{.underline}

27

[Intellectual property | Internal Market, Industry, Entrepreneurship and SMEs]{.underline}

28

[Reproducibility of scientific results in the EU : scoping report.]{.underline}

29

[Guide pratique de l’intégrité et de l’éthique dans les sciences (Praxisleitfaden für Integrität und Ethik in der Wissenschaft - en allemand)]{.underline}

30

[Providing researchers with the skills and competencies they need to practise Open Science.]{.underline}

31

[Qu’est-ce que la science citoyenne - L’Autriche fait de la recherche (Was ist Citizen Science - Österreich forscht – en allemand)]{.underline}

32

[Citizen Science - Publications Office of the EU]{.underline}

33

[Sparkling Science]{.underline}

34

[Centre for Citizen Science (Zentrum für Citizen Science)]{.underline}

35

[Commission : Recommandation relative à l’accès aux informations scientifiques et à leur conservation]{.underline}

36

[Stratégie RTI du gouvernement fédéral (en allemand)]{.underline}

37

[Un nouvel EER pour la recherche et l’innovation]{.underline}

38

[Accessibilité : Directive (UE) 2016/2102 et transposition dans la loi sur l’accessibilité du Web (en allemand)]{.underline}

39

[Directive européenne sur le droit d’auteur]{.underline}

40

cf. [Directive (EU) 2019/1024](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/DE/LSU/?uri=uriserv:OJ.L_.2019.172.01.0056.01.DEU) Art. 1 (2d)

41

[Stratégie européenne pour les données | Commission européenne]{.underline}

42

Directive ISP

43

cf. Directive (EU) 2019/1024 Art. 10 (2)

44

[Stratégie européenne pour les données | Commission européenne]{.underline}

45

Nouvel espace européen de la recherche : Le Conseil adopte des conclusions

46

[Landscape of EOSC-related infrastructures and initiatives : report from the EOSC executive board working group (WG) landscape.]{.underline}

47

[AUSSDA - The Austrian Social Science Data Archive]{.underline}

48

[Leiden manifesto for research Metrics – Page d’accueil]{.underline}

49

[DORA: page d’accueil]{.underline}

50

Appel de Jussieu pour la Science ouverte et la bibliodiversité

51

KEMÖ: Willkommen bei den österreichischen Bibliothekskonsortien (KEMÖ : bienvenue au consortium autrichien des bibliothèques)

52

Open Science Network Austria: OANA

Participation aux processus européens et internationaux de science ouverte - le nuage européen pour la science ouverte (European Open Science Cloud - EOSC)

Accès ouvert - Accès aux publications financées par des fonds publics

Ressources éducatives libres (REL)